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Saturday, April 7, 2018

Alban Darche & L'Orphicube - The Atomic Flonflons (YOLK RECORDS 2018)

UNE FRESQUE DÉTONANTE EN CINÉMASCOPE. DE LA MUSIQUE À ÉCOUTER ET À DANSER !


« Je souhaite restituer une musique qui exprime immédiatement la somme des souvenirs acoustiques ancrés en chacun de nous » explique Alban Darche pour présenter son Orphicube. Il parle aussi de « bandes-son de nos existences », de « bande originale d’un film imaginaire. »

« Bandes-son de nos existences. » « B.O. d'un film imaginaire. » Atomic Flonflons, c'est exactement ça : pas moyen d'écouter les douze morceaux du nouvel album de l'Orphicube sans que vos neurones ne se mettent à mouliner pour puiser des images au fin fond de votre mémoire.

Des scènes vécues. Ou pas. Des lieux familiers. Ou rêvés. Des couleurs. Des corps. Des qualités de lumière. Des qualités d'air : limpide et vif, moite et enfumé. Du brouillard et de la lucidité.

À chacun son vécu. À chacun sa base de données, bien rangée ou en foutoir, entre os frontal et occiput. C'est là, directement, que puise la musique d'Atomic Flonflons.


Une nostalgie accordéonnière. Un roulement de tambours à la Luis Prima. Une voix haut posée sur canapé de sax. Une Paloma teutonne. Une java (forcément) canaille. Une clave sud-américaine, une mélodie française fin XIXe, une croonerie du milieu du siècle suivant…

À chaque fois, les images apparaissent : un cabaret berlinois, l'aura chaleureuse d'un bar qui éclaire la nuit au bout d'un quai mouillé, la nostalgie rose bonbon d'une héroïne de Demy, le clin d'oeil coquin d'une Betty Boop.

À chaque fois, on se retrouve en terrain étrangement familier. Les « marqueurs » stylistiques sont là, affirmés. Mais ce sont des repères qui tracent des perspectives aussi trompeuses que ces miroirs déformants des palais des glaces des fêtes foraines : on s'avance, sûr du chemin qu'on emprunte, mais c'est pour mieux se cogner à un inattendu changement de direction.

Dans chaque morceau on commence par s'installer dans un décor familier avant de se rendre compte qu'il s'est produit une sorte d'accident spatio-temporel qui nous a plongé dans un univers parallèle.

On perçoit, on ressent des distorsions. Cette étrangeté pourrait déranger, bloquer, paralyser. Mais non.

Quand on écoute des titres aussi explicites que « Tango vif», « Musette », « Ragtime », « Java » ou « Rythm Song », même si le rythme est (volontairement) bancal, la pulsation s’impose.


Faudrait pas grand-chose pour qu'on se mette à danser...



(L’OrphiCube est une formation soutenue par la Drac des Pays de la Loire, la Région des Pays de la Loire et la Sacem.  L’OrphiCube fait partie de la fédération Grands Formats)


Premier Acte
01. Saudade (Pluie Lente)
02. Jungle
03. Rhythm Song
04. L’oiseau Qu’on Voit Chante Sa Plainte
05. La Paloma (Iradier)
06. Java

Second Acte
07. Musette
08. I’m A Fool To Want You (Sinatra-Wolf-Herron)
09. Ragtime
10. Tango Vif
11. I’ll Be Seeing You (Kahal-Fain)
12. Automne (Silvestre-Fauré)




Monday, March 12, 2018

Timothée Robert - Vide médian (ILONA RECORDS 2018)



Il n’a que 27 ans, mais déjà riche d’une expérience musicale où il s’est frotté à différents courants du jazz et aux musiques africaines, du Kora Jazz Trio, à Xalam, en passant par Cheick Tidiane Seck, ou l’électro-jazz du groupe Antiloops. Il fait aussi partie du nouveau projet « Chronicles » (orienté vers le jazz-funk)  du chanteur David Linx.

Pour ce premier album, Timothée Robert a réalisé un disque ambitieux et touffu, composé de treize morceaux qui se télescopent dans une belle et fluide narration. Une histoire forte, inspirée par les écrits de François Cheng et de Bergson, et surtout par le taoïsme, avec la notion du vide médian, qui se manifeste à chaque fois que le Yin et le Yang sont en présence, comme un troisième souffle porteur d’une puissante transformation créatrice. Il en sort une formidable et étonnante création musicale autour d’un quintette de jazz (sax, trompette, piano, basse, batterie) où l’on retrouve le claviériste d’Antiloops : Nicolas Derand.

Une formule idéale pour jouer du hard-bop, sauf que Vide Médian n’a rien à voir avec ce courant, en proposant une musique innovante et inclassable, imprégnée de magie et de mystère. Une musique d’aujourd’hui, fortement lyrique et méditative, qui conjugue avec bonheur écriture et improvisation, et où le jazz, la musique contemporaine, les gammes indiennes, et les musiques actuelles, font bon ménage dans une parfaite homogénéité. En tant que bassiste, Timothée Robert aime placer le groove au centre de ses compositions, et l’interaction qu’il propose avec son batteur Clément Cliquet est impressionnante autour de rythmiques impaires, de changements de rythmes, et de brisures, avec parfois des clins d’œil aux drum & bass des musiques électroniques.

Il affectionne les climats mouvants et les contrastes, chères à la musique contemporaine, et laisse volontiers son saxophoniste Melvin Marquez et son trompettiste Olivier Laisney proposer des chorus simultanés qui s’enchevêtrent avec bonheur dans un savoureux tissage. De jeunes musiciens qui proposent une musique mature et réfléchie, avec une forte cohésion sonore, marquée par une remarquable interaction et une entente musicale réjouissante. Timothée Robert a choisi des musiciens qu’il connaît bien, capables de s’investir à fond dans ses compositions et son univers, en étant toujours au service de la musique, et en ne tirant jamais la couverture vers eux. D’où cette agréable impression d’architecture sonore, impeccablement structurée et inébranlable.



Timothée Robert ouvre avec Vide Médian des ponts entre l’occident et l’orient, entre la spiritualité et la musique, et entre la philosophie et la création. Sa musique contrastée oscille en permanence entre des ambiances sombres et des éclats lumineux, axés sur les notions de tension et de détente. Un voyage spirituel qui nous surprend en permanence en traversant des zones de créativité intense innervées par le vide médian.

1 Misra Ata, Pt. 2 4:44
2 Aaron Song 4:52
3 Mararanjani 5:22
4 Mr Potion 6:38
5 Opening of Metaphysique 1:46
6 Metaphysique 3:11
7 M Eleven 5:17
8 Nasika Bhushani 5:22
9 Vide médian 5:36
10 From 16 to 26 2:10
11 Mother Song 6:05
12 Testaments 6:08
13 Mi C si T 6:14

Melvin Marquez : Saxophone Tenor
Olivier Laisney : Trompette
Clement Cliquet : Batterie
Nicolas Derand : Piano

JEUDI 15 MARS 2018 / 21H00 / Sunset / 20,00€