domingo, 3 de enero de 2016

Bill Carrothers - Sunday Morning (2013)


Label: Vision Fugitive
Source: Citizen Jazz


Fasciné par l’empreinte de la mémoire collective dans le discours musical, le pianiste Bill Carrothers explore depuis des années une approche contemplative de l’histoire de son pays. Ses disques, animés par l’écume du quotidien comme par les chamboulements collectifs, tiennent plus de la succession d’instantanés que de la fresque. Des chants de la Guerre de Sécession aux climats tourmentés de la Première Guerre mondiale (le magnifique Armistice 1918), sa musique est une incursion dans le cœur des hommes, plus que jamais « carcasse du temps », que de l’exaltation d’un quelconque « roman national ».
Accompagné de fidèles, dont le violoncelliste Matt Turner, Carrothers retrouve avec Sunday Morning les églises des premiers temps de l’Amérique. « One Nation Under God »… Or, visiter les églises, c’est aborder les Etats-Unis par leur plus petit dénominateur commun. C’est chose faite via des morceaux à la simplicité troublante tels que « Jesus Loves Me », où la voix cristalline et légèrement voilée de Peg Carrothers anime une foi primitive. Comme pour ses précédentes excursions dans l’histoire de son pays, c’est par une succession très scénarisée d’atmosphères que le pianiste plante le décor d’ensemble où évolue sa musique. Après avoir envisagé ce répertoire en solo, c’est finalement en quintet avec chœur qu’il a entrepris, pour le label Vision Fugitive, une démarche aux confins des genres.
Que l’on considère ici les bulles de jazz (« A Mighty Fortress Is Our God ») ou bien les pièces égrenant des accords diaphanes sur fond de chœur époustouflant (« Lift High The Cross »), tout suggère que c’est l’option collective qui sert le mieux l’album, notamment quand Bach s’invite au détour d’un arrangement, d’une atmosphère ou d’une citation - cf. « Oh God Our Help In Ages Past », morceau inaugural et final ; cet hymne anglican débarqué avec les premiers immigrants emprunte au Cantor une certaine douceur, celle de la nostalgie des déracinés de la Vieille Europe.
Certes, on peut être déstabilisé par cette succession de chants où les voix caressantes de Jean-Marc Foltz et de Turner encadrent le chœur et teintent la musique de mysticisme. Ce serait oublier deux réalités immuables : les athées ont le droit d’apprécier en connaisseurs la beauté des églises, mais surtout, les musique les plus profanes, qu’elles se réclament du jazz ou de la tradition écrite occidentale, puisent toutes leurs racines dans de luxueux ciboires originels ! Et c’est ce retour aux sources qui intéresse Carrothers, dont on apprécie ici le talent d’arrangeur. La grande force de Sunday Morning est en effet de s’emparer de toute la spiritualité, de tout le bouillonnement de ces chants sans sombrer dans la ferveur illuminée. Pour le diaphane « Eternal Father, Strong To Save », qui évoque ceux qui se sont perdus en mer entre deux continents, le choeur explore les abysses en compagnie de Foltz et Turner pendant que le roulis emporte le pianiste. Un mouvement incertain qui fait renaître, le temps d’un morceau, la langueur onirique du trio de To The Moon
Le psautier ouvert par Carrothers témoigne de la rusticité de la foi élémentaire, au sens des éléments et des grands espaces. Dans les harmonies du chœur, dans la dynamique entre musiciens, se retrouve la simplicité, la communion naturelle chère à Thoreau ; une facette du mythe américain et de sa culture populaire sur laquelle le pianiste a construit son univers. Sunday Morning n’est pas, espérons-le, la dernière pierre de cet édifice ; il y a de quoi construire bien des cathédrales.  Franpi Barriaux


1  Oh Gold Our Help In Ages Past
2  Jesus Loves Me
3  Children of the Heavenly Father
4  Beautiful Savior     s
5  Eternal Father, Strong To Save
6  A Mighty Fortress Is Our God
7  Just a Closer Walk With Tree
8  Crown Him With Many Crowns    
9  Watchman, Tell Us of the Night
10 This Is My Father's World    
11 Lift High the Cross    
12 Just As I Am, Without One Plea
13 The Lord's Prayer    
14 Oh God, Our Help In Ages Past    

Bill Carrothers (p)
Peg Carrothers (voc)
Matt Turner (cello)
Jean-Marc Foltz (cl, bcl)
Nicolas Thys (b)
choir


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