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Wednesday, April 5, 2017

Jean-Marc Foltz & Stephan Oliva: Foltz & Oliva - Gershwin (VISION FUGITIVE 2017)




Non, décidément, enregistrer un hommage à George Gershwin ne se résume pas au choix de quelques standards célèbres relus comme à la parade par de bons musiciens. Il y faut, plus encore qu’avec n’importe quel autre répertoire, une compréhension intime de la richesse harmonique, une conscience de l’histoire — comment faire du neuf avec du jamais vieux — et ce savoir spécial qui consiste à éviter tous les clichés jazzistiques tout en s’inscrivant dans une tradition. Trois qualités distinctives que cultivent, depuis déjà plus d’une décennie, le clarinettiste Jean-Marc Foltz et le pianiste Stéphane Oliva. Ils avaient auparavant fréquenté l’ombre intimidante de Giacinto Scelsi, l’un des plus passionnants créateurs de musique contemporaine (Soffio di Scelsi, 2007),  revisité en voyageurs engagés le grand répertoire classique pour clarinette et piano (Visions fugitives, 2011) ou plus récemment relu le mythe de Pandore (Pandore, 2016).


Ce disque sobrement intitulé Gershwin prolonge donc un dialogue déjà ancien, dialogue engagé sous les auspices d’une écoute mutuelle sidérante de concentration, où le silence jouerait le rôle d’arbitre des élégances. Les amateurs de joutes oratoires et de déballages virtuoses sont donc gentiment priés de passer leur chemin : la musique qui s’esquisse ici, avec la sûreté de ligne d’une antique calligraphie orientale, semble naître du silence pour mieux faire voir et entendre ce que c’est que le souffle, le grand souffle, celui qui, selon les mystiques anciennes, aurait mis le monde en mouvement ; au commencement. L’enjeu esthétique est simple et difficile : distendre le tempo sans jamais perdre la pulsation, étirer la ligne sans jamais rompre le trait.

Avec ses harmonies d’outre-bleu, son mélisme ample et savant, mais aussi son charme sensuel, le répertoire de Georges Gershwin constitue un véhicule rêvé. On oublie trop souvent, du moins de ce côté-ci de l’Atlantique où, depuis trop longtemps, les musiciens comme les mélomanes sont plus ou moins sommés de choisir leur camp, à quel point Gershwin vécut harmonieusement le fait d’évoluer entre deux mondes, celui de la musique classique de son temps (Rhapsody in Blue, Concerto en Fa) et celui des chansons populaires de Broadway qui firent sa gloire auprès des jazzmen. On oublie également trop souvent que ce pourvoyeur de chansons à la séduction immédiate fréquentait Arnold Schönberg  et entretenait une amitié admirative avec Alban Berg.

Même si l’on sait que c’est sans doute Maurice Ravel, auprès de qui il sollicita vainement des leçons de composition, qui comprit le mieux son génie propre en l’encourageant à suivre sa voie personnelle plutôt que de tenter de prendre exemple sur lui — comme Nadia Boulanger aura l’intelligence de la faire, des années après, avec le jeune Astor Piazzolla.

Les bons maîtres sont donc ceux qui enseignent à s’affranchir d’eux, et la fidélité désobéissante que Foltz et Oliva cultivent vis-à-vis de Gershwin prouve qu’elle est tout simplement juste. Aussi ne trouvera-t-on, dans leur relecture de la Rhapsody in Blue, aucune trace de ce stupéfiant glissando  de clarinette introductif qui en est comme l’emblème trop voyant, mais un savant tuilage de thèmes secondaires et de contrepoints qui est l’essence même d’une rhapsodie. Tout comme le trop célèbre Summertime, ici éclairé de l’intérieur par la marche harmonique du Prélude n°2, comme si le lien entre le Gershwin « classique » et le Gershwin « jazz » n’avait jamais été rompu que dans l’esprit étroit des fabricants de frontières, ou dans ce Fascinating Rhythm pneumatique et bondissant dans lequel s’invite la silhouette étrange de Thelonious Monk.

Cet art du silence éloquent, de la révérence sans déférence, rappelle souvent l’étrange duo de Chet Baker et Paul Bley sur l’époustouflant Diane, de 1985, mais, au-delà, on croisera aussi les ombres familières de Lennie Tristano, de Jimmy Giuffre, voire l’écho de la rencontre historique entre Duke Ellington et John Coltrane.

Soit un « ange de l’histoire » cher à Walter Benjamin, posant son aile protectrice sur les rares élus qui, à un moment, préfèrent tutoyer les cimes du silence plutôt que d’aligner des notes, fussent-elles joliment tournées, parce que la musique, comme la vie, est bien plutôt une histoire de souffle ; jusque dans son exténuation.

Gilles Tordjman


Somehow (Stephan Oliva)
The Man I Love
Fascinating Rhythm / Someone To Watch Over Me (to Woody Allen)
'S Wonderful (Morning)
My Man's Gone Now
A Foggy Date / Rhapsody In Blue (Jean-Marc Foltz)
I Can't Get Started (Vernon Duke/Ira Gershwin)
Rhapsody In Blue Theme (Gershwin's Dream)
Summertime
'S Wonderful (Evening)
Prelude N. 2, Blue Lullaby (The Bridge)
I Love(s) You Porgy

Jean-Marc Foltz
clarinettes

Stephan Oliva
piano

Stephan Oliva / Susanne Abbuehl / Øyvind Hegg-Lunde - Princess (2017)


I’ve been singing with French pianist Stephan Oliva since 2000, doing a few concerts per year, mostly playing duo. These concerts have always been special to me, they felt like fleeting night music. We were never in any rush to record, enjoying very much the intense and elusive moments concerts are. In 2006, I was invited to record two tracks on Stephan’s album “Miroirs” (his other duo partners on this record including Joey Baron, Linda Sharrock, Jean-Marc Foltz). And last year, he invited me to be part of an entire record, together with Norwegian drummer and percussionist Øyvind Hegg-Lunde. We really love Jimmy Giuffre and Don Cherry: Their playing, but also very much their compositions. For a singer, to be invited into a collective, where the voice is a very equal part of the group, is a privilege. It allows me to develop different shades of musicianship, and I truly enjoy it.

“Princess” will be released on the French independent label “Vision Fugitive” (I am appearing courtesy of ECM Records) by the end of the month. We will be playing concerts in Arles (Jazz à Arles, May 11), Paris (Duc des Lombards, May 12), Porquerolles (Festival, July 7) and Sint-Niklaas (Belgium, Festival, February 18, 2018).

Susanne Abbuehl


1 The Listening 00:05:34
2 River Chant / Tree People
3 Princess 00:06:53
4 Trance 00:02:22
5 On Your Skin 00:03:31
6 Desireless / Mopti 00:05:18
7 Mosquito Dance 00:03:22
8 Winter Day 00:05:08
9 Great Bird 00:05:04
10 Jimmy 00:01:46
11 What a Wonderful World 00:03:56

Susanne Abbuehl (voice)
Stephan Oliva (piano)
Øyvind Hegg\-Lunde (drums)


Thursday, July 28, 2016

François Raulin & Stéphan Oliva - Correspondences (2016)




01. Cher Martial (Accalmie, unisson, séquence tenante) 12:50
02. Lettre à Emma Bovary 3:57
03. Télégrammes (Ligeti poursuite, morpion) 4:09
04. A Randy Weston 5:03
05. Hermeto en-tête 2:02
06. Lettre à Jean Jacques Avenel 5:21
07. Tango indigo (de Stravinsky à Ellington) 4:36
08. Conversations sur Dutilleux (Contient un échantillon de l’œuvre "Sonate" d'Henri Dutilleux) 4:56
09. Sometimes I Feel Like a Mothelesschild (de Linda Sharrock à Jeanne Lee) 4:41
10. Nancarrow Furioso (à Conlon Nancarrow) 3:59
11. Jimmy (à Paul Bley) 2:17
12. In a Mist (Post Scriptum Bix) 4:07