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Friday, February 25, 2022

Sylvain Rifflet with Verneri Pohjola - Cake Walk from a Spaceship (February 25, 2022 Eclipse Music)

French world-class saxophonist Sylvain Rifflet and Finnish trumpet star Verneri Pohjola released a joint album, Cake Walk from a Spaceship, in February 2022.

Sylvain Rifflet's unique tenor sound and Verneri Pohjola's original, rich expression combine into an seamlessly stylish whole with the album.

Sylvain Rifflet is known not only as a saxophonist but also as a clarinetist and composer. Rifflet, one of the most acclaimed French musicians of his generation, has performed and recorded with many front-line musicians in both Europe and America, and is considered one of the top names of his generation. Rifflet has released four of his own records and won several awards.

Trumpeter and composer Verneri Pohjola is known around the world for his distinctive, warm sound and expressive improvisation. Titled "The Miles Davis of the North", Pohjola's debut album Aurora grabbed the Finnish Emma Award in 2009 and received praise all over Europe and America. Pohjola, who has since released five more records and won numerous awards, has established himself as one of Europe's most respected jazz musicians.

1. Déjà Vu
2. Abbey
3. Mésanges
4. Cake Walk from a Spaceship
5. Sven Coolson
6. Ryuichi, Fennesz, Alva et les Autres
7. Awkward Commute
8. The Viking's Waltz
9. Baldwin
10. Duo 2

Sylvain Rifflet - saxophone
Verneri Pohjola - trumpet
Philippe Gordiani - guitar
Benjamin Flament - drums

Sunday, December 10, 2017

Sylvain Rifflet - Re Focus (VERVE RECORDS 2017)



Les obsessions n’existent que pour être vécues. 

Certaines ronronnent, tristement centripètes, et en reviennent sempiternellement à l’objet du désir ; cela consiste à toujours tourner le même film, enregistrer le même album, écrire le même livre avec quelques décors placardés à la hâte et de rapides arrangements, principalement avec la réalité.

Rares sont les obsessions centrifuges, séminales, qui régulièrement viennent se désaltérer à la source pour parcourir à grands pas de nouveaux horizons. La passion ancienne de Sylvain Rifflet pour le Focus de Stan Getz est de celles-ci. Il se confie dans l’interview qu’il nous accorde, mais le projet bouillonne depuis 2013, puisqu’il parlait déjà alors de s’attaquer à ce monument du flirt entre jazz et classique aux côtés d’un Fred Pallem qui serait son Eddie Sauter. Cette idée fixe irradie sa musique de longue date sans pour autant la vampiriser, de Beaux Arts jusqu’à Mechanics. Elle est désormais assouvie avec ReFocus, en compagnie de l’orchestre à cordes Appassionato et édité - comme le disque de 1961 - par Verve, une condition sine qua non.


Il ne s’agit pas de redites. Pas plus d’un exercice de style : les partitions sont inédites pour la plupart et l’esprit de Getz est davantage dans la méthode que dans le résultat. Dans « Echoplex » qui débute sur les marimbas de Guillaume Lantonnet, le son si caractéristique du ténor de Rifflet badine un moment, avant de se laisser ensevelir par les cordes. Le choix de l’instrumentation et des musiciens a été primordial. L’option d’un vibraphone/marimba était évidente, tant la musique de Rifflet se nourrit de ces timbres. La présence de Jeff Ballard, qui tient le rôle de Roy Haynes pour Getz, est audacieuse. Avec le contrebassiste Simon Tailleu, il alimente le dialogue avec les quinze cordes de l’orchestre grâce à un colorisme savamment distillé. Le batteur peut aussi entretenir une tension vite acidulée par le travail des archets (« Le Kinétoscope »).

Ce qui pourrait virer au sirupeux garde, à l’instar de ce qui était le miracle de Focus, une distance. Une savante alchimie qui ne consiste pas à farcir son jazz de classique - praline de bas étage - mais à créer une passerelle éphémère, douce mais pas smooth où l’action discrète de Pallem sur les arrangements offre une pléthore de pistes. Ainsi « Egyptian Riot », belle construction contemporaine où les slaps du saxophone ouvrent la porte à des motifs répétitifs. Une énergie qui évoquera « I’m Late, I’m Late » de Getz sans jamais le citer. ReFocus n’est pas un jeu de piste ; c’est un point d’étape sur la question des relations entre jazz et musique écrite occidentale, 55 ans après l’influence de Bartók et Weill. Sylvain Rifflet l’exprime très bien dans notre interview : « On repart des moyens de 1961 et de s’interroger sur la démarche de Sauter et Getz s’ils avaient été inspirés par Glass ou Riley et toute cette branche répétitive et tonale contemporaine américaine ».

Évidemment, le limpide « Another From C », structuré sur les cymbales de Ballard et le cycle des violons, en est le symbole, mais le mouvement circulaire de « Harlequin On The Strings » en représente incontestablement le morceau le plus abouti. ReFocus est comme son aîné ; clair, précis, avec cette soyeuse profondeur de champ qui fait les beaux portraits. 

Le plaisir d’un fantasme qui a pris corps.


1 Night Run 3:52
2 Rue Bréguet 4:35
3 Another 'From C' 3:37
4 Harlequin On The String 4:17
5 Egyptian Riot 6:08
6 Echoplex 5:06
7 Une de perdue, une de perdue 4:45
8 Le kinétoscope 4:55
9 Hymn 4:30

Sylvain Rifflet (ts, comp)
Fred Pallem (comp, arr)
Guillaume Lantonnet (vib, mar)
Simon Tailleu (b)
Jeff Ballard (dms) + ensemble à cordes Appassionato